Les mots-clefs de la culture du net…


Toutes les recherches effectuées au travers d’un moteur de recherche et aboutissant à une lecture de ce blog laissent une trace. J’ai donc l’opportunité de constater par quel type d’intérêt l’internaute finit par venir se distraire au contact de celui-ci. La dernière de ces requêtes aura certainement désappointé celui qui cherchait à trouver le Graal de son attente puisque celle-ci tenait en ces termes ‘liste de numéros pute cavaillon’. Ainsi, par une soirée d’ennui, ne sachant comment aller au contact de celle qui pourrait le satisfaire rapidement, un triste sire cherchait si le plus gros bottin du monde ne pouvait lui fournir avec diligence la satisfaction immédiate d’un besoin impérieux. Le pauvre ne trouvera que la trace du parcours littéraire d’une jeune fille qui nous narre les moments de stupre et de luxure qu’elle aurait connus dans une adolescence égarée. Peut-être à deviner son récit se sera-t-il contenté d’une rapide branlette imaginant comment lui aussi au hasard d’une soirée de la bourgeoise provinciale, il aurait pu, au prix de quelques euros, s’envoyer en l’air avec l’auteure cavaillonnaise.

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Sigolène et Margaux – Une rentrée littéraire, un film de Raphaël Pellegrino

Vidéo


Pour tous ceux qui n’auront pu le visionner en projection publique et qui ne pourront le voir en festival, ‘Sigolène et Margaux – Une rentrée littéraire’ est désormais accessible en ligne. Le film aura finalement une durée de 60 minutes, soit un moyen-métrage.

Chapitre 3


Avant d’être confronté à quelques problèmes techniques tels qu’ils peuvent vous pousser à repousser les limites de la patience, j’aurai filmé l’impression du livre de Sigolène. Mille kilomètres dans la journée pour une heure de tournage. Il en va là des nécessités ordinaires d’une production.

De l’été ne me reste que le souvenir d’une invraisemblable bataille avec mes images. Le matériel avec lequel j’ai tourné mes premières séquences était défectueux. Impossible de s’en rendre compte en tournage ; ma bécane plantée m’empêchait de digitaliser. Je passerai des semaines à corriger des images et surtout du son déficient. Mon premier montage m’endort d’ennui. Je comprends que je dois accepter de travailler avec plus de souplesse. Je ne fais plus un magazine, autant aller au plus près de ma sensibilité. Bonne pioche. Jour après jour, je me rapproche de mon désir. Traduire l’œuvre en image, observer l’auteur, témoigner de son parcours dans la rentrée littéraire.

S’impose l’évidence de la présence de Margaux. Les semaines passent et je tarde à l’appeler pour l’intégrer plus avant dans mon film. Ce sera corrigé à la rentrée, un peu tard. Contactée, Margaux ne verra pas d’objection, l’équipe de Plon sera plus dubitative, voyant dans ma demande une réaction d’opportunisme déplacée. La rentrée médiatique de Margaux est agitée,  l’éditeur me pense courir derrière son succès. Il faudra pas mal de pédagogie de ma part pour expliquer ma démarche et leur faire comprendre la nécessité d’élargir le contexte du film aux deux personnalités qui représentent la rentrée littéraire de Plon comme premières auteures.

Ceci fait, je chercherai et trouverai comment équilibrer la présence de mes personnages. Je veux être proche des deux œuvres, je dois me rendre à Cavaillon et à Marseille, lieux évidents pour illustrer le roman de Margaux.

Les semaines suivantes, je m’applique à poursuivre montage, tournage et recherche de partenaires de diffusion tout en poursuivant les activités alimentaires. Travailler seul me pèse. Ce film représente bien plus d’efforts et d’attention que je ne l’aurais soupçonné.

De jour en jour, je me suis rapproché de l’heure où le tournage s’achèverait. Je décidai que le Salon de Brive me verrait terminer mon film. Il correspond à la fin de la rentrée littéraire.  Au cours de ces semaines, il m’aura fallu composer avec les égos de chacun, les incompréhensions, les irritations et, dois-je l’admettre, ma lassitude de me voir justifier mon tournage à chaque fois que pointe le bout de ma caméra.

Le temps consacré à produire cet opus est excessif, je me suis trop éloigné de mon univers professionnel, obsédé par l’idée de produire une première œuvre digne d’intérêt, et, probable erreur, qui corresponde à mes engagements moraux à l’égard de chacun, c’est-à-dire un film bienveillant, ou à minima qui ne déconsidère personne. L’engagement est noble mais correspond-il au regard que je dois poser ?

Sigolène, Margaux et Camille

Quoi qu’il en soit, les trois journées de Brive se sont déroulées. Fut-ce la fin du tournage ou la proximité d’une première diffusion, chacun se sera détendu et aura accepté ma présence avec plus d’évidence.

Les interminables heures de montage qui suivront confirmeront que la fabrication d’un film quel qu’il soit demande un investissement personnel sans faille.

Vint la projection. La salle de cinéma de JP Mocky, Le Desperado, se révèle un lieu plein d’attrait pour une petite production comme la mienne. Je verrai avec émotion les images de mon film défiler sur l’écran et traduire la sensibilité qui aura été la mienne au contact de Sigolène et Margaux. Un temps effroyablement court où ces soixante minutes de film témoignent de mes six mois de travail. Le mot « Fin », des applaudissements. Il y eut des rires, des larmes ; de l’émotion me semble-t-il. Sigolène s’excuse, publiquement, de la difficulté des relations que l’on a entretenues pendant tous ces mois. Je suis heureux de l’entendre, d’enfin l’entendre. Margaux, elle, ne semble intéressée que par l’idée que rien de nuisible à sa personne ne transpire du film. Elle s’abstiendra de se joindre à toute l’équipe de Plon avec qui nous partons boire un verre pour, me dit-elle, aller dîner avec des amis. Nous la retrouverons en dernière partie de soirée. Guère de commentaires de sa part, guère d’émotions. Soit. Sigolène parait plus touchée, émue. Quant à l’équipe de Plon, elle est soulagée. Pendant tout le tournage chacun avait craint, malgré mes dénégations répétées, de voir leur milieu dépeint négativement.

Je suis circonspect. Je sais avec certitude que le film ne produit pas d’ennui, qu’il est léger, poétique et remplit bien des objectifs que je m’étais fixés. Entre documentaire et fiction, il permet d’aller au contact de l’œuvre des auteures, de percevoir leur parcours, d’observer leur arrivée dans le monde de la littérature. Mais ai-je été assez impertinent, assez caustique. Mon film n’est-il pas trop bienveillant ?

J’ai aimé cette aventure. Elle fut infiniment plus compliquée à réaliser que je ne l’imaginais. J’ai appris. Enormément. Sur mon métier, sur l’humain, comme à chaque tournage. Ce fut le premier. Le premier des miens. Il y en aura d’autres.

Maintenant, les festivals, peut-être la télévision, certaines foires aux livres. L’avoir réalisé fut une chose, il faut le faire vivre. 

A bientôt,

Chapitre second – II


A vrai dire, je ne verrai sa présentation que quelques semaines plus tard. Le journaliste qui m’accompagne fait les images de celle-ci tandis que je saisis les premières impressions de Sigolène au sortir de la sienne. Je poserai quelques rapides questions à Margaux quelques minutes plus tard alors qu’elle quitte l’hôtel. Margaux est d’une assurance surprenante tout comme l’est son roman. Je ne sais trop quoi en penser. Ce jour-là, je n’ai pas encore lu son ouvrage et la thématique d’une gamine qui trompe son ennui à Cavaillon en faisant la pute a de quoi désarçonner. Huit jours plus tard, elle sera absente des présentations qui seront faites aux acheteurs des grandes librairies. Je sens l’intérêt qu’il y a à équilibrer mon film au travers du regard des deux destinées de ces jeunes femmes mais oublie d’en parler à l’éditeur et à l’intéressée. Je sais que je ne la verrai plus avant la rentrée. C’est au montage que l’évidence apparaîtra.

Huit jours plus tard, je passe deux journées ave Sigolène. Un enchaînement de rendez-vous où, tour à tour, elle rencontre des dizaines d’acheteurs de grands réseaux et de librairies importants. Après un premier rendez-vous, nous nous retrouvons à la maison de l’Amérique latine devant une centaine de libraires des centres Edouard Leclerc. Sigolène, tout comme les cadres de Plon, pourtant habitués de l’exercice, sont impressionnés par le nombre de libraires venus de toute la France.

Denis Bouchain présente Sigolène Vinson

Denis Bouchain, lors de la présentation aux centres Leclerc

Denis Bouchain qui l’accompagne au sein de Plon la présentera et offre de comprendre le parcours qu’a fait Sigolène pour être publiée. Des années qu’ils se tournaient autour comme il le dit et la rencontre d’émotions communes qui achèvent de convaincre de la volonté de publier ce premier roman. Face à la centaine de personnes, Sigolène refait l’exercice auquel elle s’habitue et présente une nouvelle fois l’Afrique, le barreau à Paris, les désillusions, les angoisses, le CAP, centre d’assistance psychiatrique où elle passera cinq jours après s’être effondrée en plein tribunal. En l’absence de Margaux, restée réussir brillamment ses examens à Marseille pour intégrer Normale Sup,  la directrice littéraire de Plon, Murielle Beyer présente ‘Latex, etc ’le livre de Margaux.

Muriel Beyer, directrice littéraire de Plon, présente le livre de Margaux Guyon à un panel d'acheteurs.

Muriel Beyer présente le livre de Margaux Guyon à un panel d'acheteurs.

« le travail d’une fille très intelligente, khâgne, hypokhâgne, adolescente qui s’ennuie dans son sud natal, dans un village qu’on ne nomme pas mais qui commence par C et qui vend des melons…. Un ouvrage générationnel écrit par une jeune fille quasiment surdouée». On pourrait imaginer les auditeurs s’endormir à cette énième présentation, nous sommes arrivés vers 17hoo, ils sont là depuis plusieurs heures, mais à vrai dire, l’assistance dans son ensemble est attentive, prend des notes, compulse les brochures. La présentation se poursuit, Plon a d’autres auteurs aux talents déjà confirmés Leonora Miano, Delphine de Malherbe et j’en passe.

Sortis de cette rencontre, et un intermède caféiné plus tard, nous traversons Paris et nous retrouvons au cocktail organisé pour les libraires de Leclerc où Michel-Edouard, directeur du groupe, fait l’accueil.

Rencontre avec le Président du Groupe Leclerc

Rencontre avec le Président du Groupe Leclerc

Faut-il l’admettre, l’homme et l’heure qui suivra pour Sigolène et Denis sont parfaitement agréables. Autant mon sentiment premier de voir Sigolène devoir se présenter devant ce parterre me paraissait incongru, autant à la sortie de la présentation et du cocktail qui suivra, je comprends la nécessité de l’exercice. 

Les heures à suivre seront différentes. Il y a quelques années, Sigolène a rencontré le directeur adjoint de Grasset, Manuel Carcassonne. Il en est resté une amitié. Cet après-midi, Manuel l’a appelée pour la convier à la remise du Prix de la Coupole. Il est un peu plus de vingt heures, nous arrivons. Le prix a été remis. Nous sommes dans les sous-sols du restaurant éponyme, une ambiance de salle des fêtes. C’est Joseph Macé-Scaron qui a emporté le prix. De l’ouvrage naîtra quelques mois plus tard une polémique dont certains voudront à penser qu’il est le fruit d’un plagiat. Denis Bouchain accompagne Sigolène, tous deux retrouvent Manuel Carcassonne.

Soirée de la remise du Prix de la Coupole en juin  2011

Soirée de la remise du Prix de la Coupole en juin 2011

Conditions de tournage épouvantables ; guère de lumière, un bruit assourdissant délivré par une centaine de personnes et un groupe de rock. Le directeur de Grasset est rapidement entraîné dans d’autres conversations tandis que Denis cherche à retrouver son épouse, attachée de presse dans une autre maison d’édition. Sigolène se retrouve seule. Beaucoup de gens autour d’elle le sont aussi. Ambiance particulière. Ca boit, ça parle fort, des femmes aux allures particulières croisent des messieurs à l’ennui certain. Sigolène s’en étonne devant ma caméra. J’en suis tout aussi surpris qu’elle.  Une heure et quelques images plus tard, Sigolène retrouve Manuel Carcassonne qui la présente à Nathalie Crom, critique à Télérama. L’homme aurait certainement aimé publier Sigolène, son comité de lecture en décidera autrement. J’observerai au cours de ces heures toute la bienveillance qu’il a à son égard.

La journée a été longue et éprouvante. Avant de commencer cette journée marathon, j’ai fait quelques images chez Sigolène, posé des questions, recueilli des confidences. Je cherche. Je cherche sans toujours savoir où je vais. Une nécessité à mes yeux. Serendipity comme disent les anglais.

Dernières images, Sigolène hurle ‘Coupez !’. C’est dit avec humour mais aussi avec fermeté. Ma présence est à certains égards fatigante, voire je pense à ses yeux, agaçante. Difficile d’expliquer toutes mes exigences. Il est près de minuit, je rentre épuisé. J’ai des km d’images et autant de doutes sur la manière dont je les monterai. Ces images avec lesquelles je ferai ma première bande-annonce, celle qui m’ouvrira les portes de nouvelles boîtes de production.

La suite dans quelques jours …